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07/05/2005
Et maintenant, tout le monde en parle
« On croyait ne jamais y arriver », souffle Delphine Gleize à l'issue de la première projection du ciné-concert « L'homme qui rêvait d'un enfant » mercredi soir, à l'Espace François-Mitterrand, à Mont-de-Marsan.
Une réalisatrice soulagée et visiblement émue. Soulagée, parce que la performance a été accomplie sans fausse note. De noir vêtus, les dix-sept musiciens de l'orchestre se sont fondus dans le décor, jusqu'à faire corps avec les images. Emue, parce que le public était au rendez-vous de ce pari insensé, avec ses fous rires et ses étonnements, ses « oh ! » et ses « ah ! ».
« D'entendre rire les gens, c'est énorme », confie Delphine Gleize, les yeux encore brillants d'émotion. « Ce qui m'amuse lorsque j'écris, je ne sais pas si cela va ensuite amuser le voisin. » Un doute vite balayé par les réactions de la salle. La surprise, en reconnaissant la plage de Contis, ou encore la gare d'Ygos, le marché de Morcenx, l'American saloon de Mont-de-Marsan, les rires nerveux de ceux qui se retrouvent à l'image, ravis d'avoir surmonté l'écueil du montage, les sourires saluant l'humour tendre de la cinéaste...
Un cri dans la salle. Parfois, quelques cris hystériques explosent dans les rangs. Comme celui de Souad Azzouzi, jolie brune montoise, qui n'a vraiment pas pu se retenir. « Je me suis vue, j'ai crié, c'est l'émotion, j'ai pas pu gérer ». Inscrite au casting par ses collègues de la mairie, Souad entraîne dans l'aventure ses copains et son frère. A ses côtés, sur les bancs de la salle François-Mitterrand, ses amies Laurence Etcheberry, et Krystel. « On a fait le tournage à Morcenx, ma ville natale. On connaissait la gare, la place du marché, les vendeurs », sourit Souad. « Pour le casting, on m'avait dit que c'était l'histoire d'un mec qui voulait adopter un enfant, et l'enfant reçu était en fait un vieillard. Je m'attendais à un film triste et je n'ai fait que rire.»
Souad a tourné dans la scène du marché à Morcenx. « On me voit passer à 30 centimètres d'Artus de Penguern, et de l'actrice principale ! », s'étonne-t-elle encore. « En regardant le film, on cherchait les têtes de tout le monde et on ne voit que moi. Je me souviens qu'on se pelait le jour de la scène. Je ne sentais pas mes orteils. A l'issue de la trentième prise, j'ai retenu "On la garde". » Des souvenirs qui resteront, tout comme la découverte des images. « Je me trimballais toute seule avec mon panier à la main, il faisait un froid de canard et dans le film, je souris ! »
Dès qu'elles ont appris la date de la première projection, le groupe de filles a banalisé cette journée du mercredi 4 mai pour être au rendez-vous du film. A l'entracte, Bernard, encore un copain, qui n'a pas pu se libérer, les appelle pour demander s'il apparaît à l'écran. « J'ai vu ses jambes », assure l'une d'entre elles.
De l'avis général, l'expérience est inoubliable. « Sur le tournage, quand l'actrice sent l'oeuf, on a l'impression que la gestuelle est exagérée, mais à l'écran, on ressent bien les émotions », raconte Krystel, ravie d'avoir découvert « l'envers du décor ». « Le fait d'avoir participé ne casse pas la vision. Même si au début, on essaie surtout de retrouver visages et lieux connus, très vite on se laisse embarquer par le film. Quant aux musiciens, on les oublie, on a l'impression que c'est une bande son », poursuit-elle.
Performance musicale. Une bande son particulièrement réussie. A l'issue de la soirée, Arthur H, revient sur le marathon musical. « J'ai composé la musique en septembre tout seul dans ma chambre en rêvant au film qui n'existait pas encore. Avec Francis Mounier, on a pensé aux cuivres pour la couleur landaise. Puis j'ai rencontré les musiciens. Au début, nous étions stressés mais il n'y a jamais eu de tension. Ca ne sonnait pas du tout, on s'est regardé, on s'est dit que ce n'était pas évident. Mais tout le monde y a mis tout son coeur ». Le résultat est là, à la hauteur des efforts. Le public averti aura bien repéré un léger faux départ, mais ce sera la seule dissonance dans ce défi de taille. « Je ne sais même pas si un ciné-concert avait déjà été osé sur un film parlant ». Résultat ? « C'était un sentiment merveilleux », confie Arthur H.
« Nous avons travaillé dans notre caverne, dans notre grotte, longtemps, de manière très rigoureuse et tout d'un coup, la musique apparaît au soleil, sort à la lumière. Avec les gens, tout prend son sens. » Francis Mounier, l'arrangeur musical, se demandait quelle serait la réaction de l'orchestre face aux mouvements du public. « Non seulement les réactions ne nous ont pas déconcentrés, mais elles nous ont portés, mis dans l'énergie et dans le plaisir du film. Et je crois que cela s'est entendu », conclut Arthur H. Acteurs, musiciens, figurants, partenaires, tout le monde « a rendu le film vivant », résume Delphine Gleize. Vivant, comme ce projet fou, l'a été mercredi soir, dans une salle vivante elle aussi, des réactions d'un public acteur.
Aude Ferbos / Sud-Ouest du 06 mai 2005
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